Espoir

Faire de la place à la tristesse, la porter, lui parler, la laisser pleurer. La tristesse qui raconte les peines de temps passés, restées cachées, des larmes non versées sur des expériences qui ont blessé... Laisser la tristesse s’exprimer, et rester dans sa vulnérabilité, se rouler dans le grand vide des non-retours. Être capable de s’accueillir dans cette ombre mouillée, dans ce gris d’orage qui a attendu son tour pour tonner sa pesanteur, sa lourdeur, son accumulation de non-dits. Faire de la place à la tristesse, ne plus craindre son déferlement et lui permettre d’exploser en perles de guérison. Pleurer le cœur en peine, écouter les complaintes qui s’étaient tues par crainte d’effondrement. Permettre à la fragilité de se fissurer. Ne rien garder, ni préserver dans le secret des impuissances. Faire de la place à la tristesse pour qu’elle puisse nettoyer les endroits où elle s’était cachée, faute de pouvoir s’exposer en toute sécurité.
Tristesse, deuils, pertes, échecs, rejets, jugements, honte, solitude. Tristesse dans son langage et ses formes qui n’ont pas été entendus. Voilà qu’aujourd’hui, je caresse ce cœur lourd de tant de défaillances, d’errances, de blessures venues d’un passé qui se projette en ce maintenant par différentes fissures dans l’expérience humaine qui se vit sur le théâtre de l’actuel.
Tristesse, messagère de temps nouveau à inviter. Elle a besoin de couler, de vibrer, d’être aimée pour pouvoir s’en retourner, laissant derrière elle des pierres de courage, de confiance, d’amour, de lucidité qui se poseront sur le chemin qui s’ouvre, découvrant des horizons d’espoir, de force, de sincérité, d’intégrité, de vérité. Rien à éviter, tout à intégrer dans le cœur libéré.
La tristesse en soi, celle qui a été humiliée, ignorée, piétinée, celle qui a paru faire de soi un petit minus morveux juste bon à se pisser dessus… La tristesse qui a été ravalée, vomie, mangée, utilisée en compensations stériles, provoquée en colère pleine de rage et de peine, si silencieuse qu’elle mène dans la mort sans mots hurlés…
La tristesse qui déferle en cascades débordantes, de l’œil qui se noie… Tristesse tellement mise à l’écart, isolée dans son coin, que l’âme n’en peut plus de ce retrait injuste. Elle réquisitionne le droit à la peine qui éclate, à l’expression de la déchirure qui fait mal, de la séparation qui tue, de l’ignorance qui efface le droit de vivre…
Tristesse ! La mienne si présente ces derniers jours, si lourdement pleine de larmes, de cris, d’impuissance qui cherchent la voie de la libération.
La mienne qui prend au mot le droit de s’exprimer, de sortir du placard, de montrer ses couleurs noires de peine. Je lui fais de la place, et tout se bouscule de ce que je n’ai pas voulu laisser s’éclater tout au cours des moments de vie où le vide se présentait en pertes de toutes sortes.
Maintenant la ruée vers la sortie s’est effectuée, tout s’est bousculé, piétinant la chronologie ! Il n’y avait pas nécessité d’être poli !!
Tristesse qui a pris place dans un coeur plein de sensibilité, de ressentis.
Faire de la place à la tristesse en toute conscience, en tout accueil, bercer la souffrance et se permettre de toucher du doigt une si belle fragilité...
Savoir reconnaître cette tristesse en soi, celle qui est mienne, celle qui porte les cicatrices de ma vie, puis ensuite composer avec le nuage du collectif qui se promène dans le ciel de la planète, ciel assombri par tant de guerres, d’effroi, de divisions que le cœur de l’humanité se brise sous les coups répétés de l’égoïsme, du narcissisme, de la puissance meurtrière.
Voilà que cette tristesse emprunte un chemin, dans l’espoir de trouver refuge en un endroit de paix, de douceur, de guérison.
La tristesse est force et courage, audace et création lorsqu’elle peut s’exprimer dans la clarté, avec sincérité et confiance, sans craindre d’être refoulée, jugée, piétinée, ridiculisée.
Faire de la place à la tristesse, oui, car derrière le mur noir, la lumière est cachée et n’attend que ce moment ; la permission pour que le mur s’effrite et laisse la place aux rayons qui envahissent l’ombre pour l’amener dans la gloire d’un rayonnement sans fin.
L’exploration de ce monde de tristesse a ouvert les frontières sur tous les possibles et la liberté prend son souffle dans une amplitude inégalée !!
Se permettre l’abandon, respirer dans le flux d’une vie allégée. La tristesse a sa place, la mienne, celle de l’autre !
L’écouter, puis lui permettre de quitter sans qu’elle ait l’impression d’avoir importuné, dérangé…
Courant de vie… Accueillir la tristesse et plonger dans la source rafraîchissante en soi pour laver les souillures de l’humain fatigué, puis, brûler, dans une offrande à plus grand que soi, tout ce qui a besoin de se transmuter en amour, joie, légèreté !!!
Voilà !!