Il était une fois des villages autonomes (suite) Septembre 2021

Chacune de nos trois municipalités comptaient jadis un bien plus grand nombre de commerces et de services. Plusieurs ont disparu il y a fort longtemps. Chaque paroisse était presqu’autonome et il n’était pratiquement pas nécessaire d’aller magasiner ailleurs que dans son propre patelin.
Saint-Damase
Garages et stations-service
Figure 13- Garage Michel Jean
Michel Jean (1908-1994) a ouvert le tout premier garage de Saint-Damase en 1947. Il effectuait des travaux de mécanique générale et opérait une station-service sous la bannière Texaco1. Son fils Fernand (1951-2009) a pris la relève en 1973 et a opéré le commerce jusqu’à la fin des années 2000. Le garage n’est plus en opération depuis le décès de Fernand.

Figure 14- Garage Jean-Guy Bélanger
Jean-Guy Bélanger (1932-1982) est distributeur des produits pétroliers Esso et son dépôt est situé près de la gare à Saint-Jean-Port-Joli. À la fin des années 1950, il ouvre un second garage à Saint-Damase (182, route 204). Outre la maintenance de sa flotte de camions, il offre un service de mécanique générale en plus d’une station-service. Jean-Guy prend en charge un orphelin de père qui travaille dans son garage et lui apprend les rudiments du métier ; il s’agit de Laurent Fortin (1949-2018). Tous les employés de Jean-Guy disent à la blague qu’ils finissent d’élever Laurent. Jean-Guy décède subitement en 1982 et Laurent achète le garage qu’il connaît si bien l’année suivante2 ; il le nomme « Service auto Laurent Fortin ». Il est dévoué et fait de son mieux pour servir les clients avec professionnalisme. En 2017, Laurent sent le poids des années qui pèse sur lui et se cherche un successeur qui sera à la hauteur de ses attentes. À compter de mars 2017, il fait équipe avec Luc Lavoie et au milieu de la même année, il lui vend le garage. Ce garage est le seul encore en opération à Saint-Damase. Il se spécialise dans la mécanique générale, les petits moteurs et entrevoit distribuer bientôt tondeuses, débroussailleuses, scies mécaniques et autres3.
Florent Lord construit un troisième garage dans le haut du village en 1975 et le vend par la suite à Ghislain Pellerin de Saint-Aubert. Le garage opère une station-service sous la bannière Esso en plus d’offrir des services de mécanique générale. La compétition est vive et le garage cesse ses opérations après quelques années. Le bâtiment existe toujours et abrite un commerce de cèdres. Ubald Pelletier offre des services de mécanique et de réparation générale chez son beau-frère Rosaire Thibault dans le quatrième (105, route 204) dans les années 1980 et 1990. Il possède un stock important de pièces dans sa cour de Pinguet.
Figure 15- Ancien garage Skidoo d’André Bombardier
Un garage pour la vente et le service des motoneiges de marque Skidoo a été ouvert en 1970 (192, route 204). André Bombardier en était le propriétaire et il avait désigné Claude Bélanger pour en assurer la gérance. Ce garage a été en opération jusqu’en 1975. Il est devenu brièvement un bar puis un entrepôt4.
Quatre stations-service associées à d’autres commerces sont en opération à différentes périodes. Armand Fournier vend de l’essence pour Premier Gasoline dans les années 1930 ; on ignore combien de temps il a exploité ce service. Amable Gamache distribue de l’essence dans le sud du village (187, route 204) vers les années du milieu des années 1940 à 1962 ; il opère sous la bannière Champlain5. René-Marc Picard possède deux pompes de la compagnie Champlain dans le haut de la montagne (256, route 204). Il est en opération à la fin des années 1950. Il vend son commerce à Amédée Gaudreau qui l’opère jusqu’en 1973. Gérard Lord (1921-1986) reprend la franchise de Michel Jean en 1968 et distribue l’essence Texaco jusqu’en 1975 ; sa station-service est située en face de sa maison au 147, route 204.
Les commerçants de bois -
Louis-Basile Pinguet figure parmi les premiers commerçants de bois de Saint-Damase dans les années 1850. Ses chantiers couvraient une grande partie du territoire de Pinguet. Monsieur Pinguet résidait à Québec et venait dans la région par affaires pour ses chantiers. La plupart des noms de ses compétiteurs de cette époque ont été oubliés. Les greffes des notaires François-Xavier Denis et Émile Miville-Deschênes rapportent de nombreuses transactions pour Amable Duval du début des années 1900 jusqu’à 1949. Monsieur Duval a habité à Saint-Jean-Port-Joli une grande partie de sa vie. Une annonce parue dans le journal Le Peuple nous apprend que Charles Duval fait le commerce du bois en 1903 ; on ignore l’ampleur de ses transactions dans la paroisse6.
Les opérateurs de moulins à scie tels Pierre-Henri Morin, Gagnon du haut de la montagne, Jean-Baptiste Gagnon (1880-1935), Salluste Bélanger (1890-1957), Alfred Ouellet (1900-1959), Eusèbe Chouinard (1865-1938), Xavier Giasson (1882-1965), Médéric Robichaud (1917-2010), Omer Bourgelas (1910-1992), Roger Blanchet (1926-2020), Camille Dubé (1897-1985), Joseph Dubé (1899-1987), Henri-Louis Caron (1898-1983), le moulin Simard et possiblement d’autres dont les noms nous échappent ont effectué de nombreuses transactions dans le commerce du bois. Les annuaires Lovell de 1910-1911 et de 1915-1916 nous rappellent qu’Eusèbe Chouinard, Jean-Baptiste Gagnon, les frères Lapointe et Alphonse Ouellet étaient d’importants commerçants de bois au début du vingtième siècle7.
Figure 16- Amable Gamache
Des commerçants plus contemporains ont été très actifs dans le commerce du bois. Laurent Cloutier est agent forestier des terres dans les années 1930. Il fait l’acquisition de plusieurs lots à bois à Saint-Damase dont principalement au 8e rang, mais aussi un peu partout ailleurs. Monsieur Cloutier n’a pas la bosse des affaires et n’est pas allé à l’école très longtemps. Certains en profitent pour lui soutirer des prix trop bas ou ne pas le payer ; il est trop bon et finit par perdre sa licence d’exploitation. Monsieur Cloutier a eu des clients un peu partout en Amérique du Nord dont : les Lagueux de Québec et John Tonbour de Johnsonburg en Pennsylvanie8. Amable Gamache récupère le permis de Laurent Cloutier ; achète un premier lot l’exploite et, avec les profits, il en achète un second, puis un troisième et ainsi de suite. La plupart de ses terres sont à Saint-Damase dans les secteurs du septième, du huitième, du chemin Arago et du Pain-de-Sucre. Il a du flair et met à flirter avec la politique ; il se joint au parti qu’il croit le meilleur et réussit à créer plusieurs emplois. Il « monte » des chantiers et y installe même une « cookerie » pour le bien-être des bûcherons. Il se fait le pionnier dans tout ce que le progrès met à sa disposition : il achète une chenille pour aider ses hommes à sortir le bois, il se procure une motoneige pour assurer un bon suivi avec eux et reboise pour obtenir un bon potentiel pour le futur. Selon les saisons, il embauche un nombre variable de bûcherons. Bertrand Jean et Albert Desrosiers charroyaient le bois destiné à la vente9. De nombreuses personnes ont exercé le métier de facteur à Saint-Damase, mais on a perdu la trace de ceux qui en ont été les premiers. Pour la plupart d’entre elles, la livraison du courrier amenait un revenu d’appoint et ce n’était pas le travail principal.
Suite dans le prochain numéro.
1 Informations fournies par Émilien Jean en entrevue le 6 septembre 2020.
2 Registre foncier du Québec, Vente de Suzanne Blier à Laurent Fortin et Clairina Fortin, no enregistrement 122,675, 24 mars 1983.
3 Informations fournies par Luc Lavoie lors d’une conversation le 19 septembre 2020.
4 Comité de l’album, L’Écho du passé, Les éditions Marquis Ltée, Montmagny, 1988, p. 151.
5 Informations fournies par Paulette Lord en entrevue le 5 octobre 2020.
6 Le Peuple, annonces classées, vol. 8, no 34, Montmagny, 15 mai 1903, p. 4. L’annonce concerne une transaction survenue le 8 mai dernier.
7 Collection d’annuaires Lovell des villes et villages du Québec, Classification of towns and villages of Quebec MAC-YAR, p. 938 pour 1906-1907; Business by places Quer-St J, p. 688 pour 1910-1911; Alphabetical directory of province of Québec Ric-ST J, province de Québec p. 741 pour 1915-1916.
8 Informations fournies par Sylvie Cloutier en entrevue téléphonique le 27 août 2020.
9 Informations fournies par Diane Gamache en entrevue téléphonique le 16 novembre 2020.