La chance qu’on a

PAR ISABELLE PARADIS


Avons-nous conscience de l’abondance qui entoure notre vie ? Les dernières décennies nous ont amené une surabondance qui nous fait peut-être oublier d’être reconnaissant, de semer de la gratitude. Avec la société qui change, qui a du mal à s’adapter à nos désirs toujours plus grands, peut-être prenons-nous conscience aujourd’hui que tout ça n’est pas immuable. Peut-être prenons-nous conscience de ce que nous avons eu, et pourquoi pas, de ce que nous avons, ici et maintenant.

Car nous sommes choyés. La terre nous donne tant. L’humanité, autant a-t-elle de parts d’ombre, autant elle possède la Lumière et la déploie. Assise devant ce fleuve si magnifique, ces montagnes au coucher de soleil époustouflant, à déguster une boisson que des artisans ont amoureusement concoctée, en bonne compagnie, entourée de gens contents d’avoir les mêmes possibilités que moi, ou assise dans un champ de fraises à cueillir ce que des agriculteurs ont mis d’amour à cultiver, je prends le temps de respirer profondément et de me dire à quel point je suis chanceuse. Oui, les humains peuvent être durs et aveugles parfois, mais ils excellent aussi à créer de la douceur et du bonheur pur, et ça, il ne faut pas l’oublier.

Le plus beau dans cette histoire, c’est que même sans tout avoir, avec une adaptation qui tiendrait compte de tous les éléments, c’est possible de conserver ce qui nous donne de la joie ! Bien sûr, une réorganisation somme toute inconfortable est inévitable. Il y a des sacrifices à faire. Mais qu’est-ce qu’un sacrifice lorsqu’il est pour le mieux pour tout, y compris et surtout pour des éléments plus subtils tels le respect ou l’équilibre, ou tout simplement à l’écoute de notre Terre Mère ?

J’étais bien étonnée, la première année où je suis arrivée à Saint-Jean-Port-Joli, d’entendre mes voisins de table, au restaurant, me dire qu’ils faisaient régulièrement un détour de Québec pour venir manger cette pizza aimée depuis tant d’années. De rencontrer de lointains amis me dire qu’ils venaient depuis trente ans au camping et au théâtre d’été ou de voir toutes ces motos se rassembler près du quai, comme un lieu de partage en dehors de chez eux. Non seulement nous avons beaucoup, à plusieurs niveaux, mais concernant notre communauté, les gens de l’extérieur reconnaissent l’abondance de notre territoire et la qualité de notre offre, assez pour venir et revenir, et y trouver leur petit bonheur. N’est-ce pas de la chance ça ?

Cela ne vaut-il pas la peine de s’adapter, de laisser aller ce qui nous détruisait en gardant bien précieusement ce qui nous nourrit ? Essayer de transformer cette ombre que l’humanité dépose malgré elle pour faire fructifier ce qu’elle fait de beau ? Choisir ce qui construit la vie, ce qui la perpétue au détriment de ce qui nous donnerait un genre d’adrénaline, mais qui arrache en même temps ? CHOISIR au lieu de sacrifier.
Et continuer d’inventer du bon, avec de nouveaux paradigmes.

C’est un tourbillon flottant
Au-delà des forces de vie menacées.
Sans s’arrêter, il gruge et transforme
L’ombre en lumière
Le faux en vrai
La nuit en jour
Jusqu’au plus parfait bonheur.

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