Les vieux

Comme nous sommes grands… chacun de nous et chacune à notre façon. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les personnes âgées nous conter leur histoire. Pas une seule histoire n’est petite ou sans intérêt. Pas une seule. Et j’en entends beaucoup. Quelle richesse représente chaque pas que nous faisons. Quand on est en pleine marche, on ne le réalise pas vraiment. Mais quand on regarde de loin, on voit l’étendue du chemin parcouru, la beauté, de par sa force et son effort, de par l’expérience qu’il apporte et le cadeau qu’il offre aux autres, du vécu humain. Ce que ces vieux et ces vieilles - je chéris et honore ces Êtres d’expérience, et ce mot qui les a défini si longtemps ; ce mot important comme le sont les vieux vestiges du passé, nos vieux vêtements dont on ne veut se départir, ou comme l’anthropologue Serge Bouchard disait de lui qu’en l’éliminant, c’est carrément cette partie si importante de la vie, à l’individuel comme au collectif, que nous éliminions de la sphère sociale - ce qu’abritent ces gens qui ont tant d’années derrière eux, c’est ce que nous vivons aujourd’hui. Ils ont formé la société d’aujourd’hui, un à un par leurs gestes, et tous ensemble dans leur vécu, pour nous laisser à notre tour, par nos petites actions anonymes, individuelles ou en communauté, poursuivre cette matière, la manœuvrer, la manipuler, la former, déformer, transformer, sans le prétendre vraiment ; juste en étant, en vivant, avec volonté, souvent même sans savoir que nos petites expériences isolées dessinent le demain.
Les vieux ne savaient pas, hier, qu’aujourd’hui il y aurait un petit peu d’eux en nous. Qu’en se levant le matin, en poursuivant chaque journée de leur vie, il déposait des briques de l’édifice grand, élégant, imposant de la communauté humaine. Les joies, les peines, les réalisations, les échecs, le partage, pas un seul élément du vécu n’est inutile.
Alors vivons sans essayer de savoir à quoi ça peut bien servir. Vivons. Point. C’est beau de toute façon.
Je te salue et t’honore
Oh toi, grand bois du Nord
Qui tiens éveillées toutes les qualités
Des fantaisies si jolies
De mes belles années
Joyeux et vivant
Tu délies la dignité
Élevée en maturité
Et ouvres la voix
Aux mots que je bois
Preux contre le vent
Tiens-toi droit et prends.