Lire

Comme chaque année, la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur sera célébrée le 23 avril. D’où la teneur de ces quelques lignes.
On me demande parfois quel est mon passe-temps préféré. Je dois d’abord dire que je n’aime pas le mot passe-temps. Il sous-entend qu’on a besoin de faire quelque chose pour que le temps passe, alors que celui-ci ne sait faire que ça, passer. Je préférerais de beaucoup qu’une occupation agréable puisse être un retient-temps… Mais puisque c’est utopique et pour tout de même éviter ce mot qui m’agace, je parlerai ici de mon loisir préféré, ou, pourquoi ne pas y aller d’un néologisme et parler d’un goûte-temps ? On pourrait nommer ainsi une activité qui nous permet de savourer le moment présent…
Bien que j’exerce plusieurs loisirs qui me comblent (je me suis promis d’en avoir une bonne variété pour ne jamais m’ennuyer) je ne vous étonnerai probablement pas en déclarant que la lecture tient chez moi le haut du pavé. Si je devais élaguer mes loisirs comme on doit un jour élaguer ses possessions, la lecture aurait le privilège d’échapper à l’hécatombe. Un jour je devrai sans doute me départir de la plupart de mes livres, espace oblige, et ce sera j’en suis sûre, une opération crève-cœur. Cependant on peut lire sans posséder de livres, les bibliothèques sont là pour ça.
On entend parfois des témoignages de gens disant : j’ai grandi dans une maison remplie de livres. Heureusement que ce n’est pas un prérequis pour aimer lire car ce n’est pas mon cas. Nous avions des livres mais pas en grand nombre. Et je n’ai pas non plus souvenance de mes parents nous lisant des histoires. Je crois que mes plus lointains souvenirs liés à la lecture sont associés à tante Marie qui vivait tout près de chez nous et qui possédait des albums de Tante Lucille. Elle mettait beaucoup d’ardeur à nous les lire, en modulant sa voix pour s’adapter aux différents personnages. Bien des années plus tard, lorsque j’ai racheté sa maison, j’y ai retrouvé quelques-uns de ces albums que je conserve précieusement (jusqu’à l’élagage sus évoqué…) La mièvrerie et la sauce ultra religieuse de ces contes, inhérentes à l’époque, n’en ont pas moins fait germer en moi un début d’intérêt pour la lecture que j’ai pris plaisir à cultiver dès que j’eus appris à lire.
J’ai donc écumé les étagères qui tenaient lieu de bibliothèque à l’école primaire, puis la véritable bibliothèque de l’école secondaire. J’ai adoré les cours de Lecture dirigée qui m’ont permis de découvrir de véritables trésors. D’ailleurs je suis étonnée de l’audace de certains titres que sœur Yolande nous mettait sous les yeux, compte tenu de l’époque et du fait que les religieuses étaient encore très présentes entre nos murs. Je me rappelle que nous avions un soir à l’école eu la visite d’Yves Thériault venu nous parler d’Agaguk. Un événement !
Bref j’ai toujours lu, j’ai toujours aimé les mots. Mes choix sont variés avec une prédilection pour les romans. J’adore être émue, étonnée par une histoire, des personnages complexes. Certaines œuvres nous conduisent à des réflexions profondes, d’autres nous divertissent sans arrière-pensée. Et puis j’aime être impressionnée par le style, par une géniale tournure de phrase quitte à être jalouse de ne l’avoir pas enfantée… J’adore parler de livres, en prêter pour partager le plaisir.
J’aime aussi l’objet en lui-même. En l’ouvrant j’ai souvent le réflexe d’y plonger le nez pour apprécier l’odeur de l’encre, du papier, odeur qui parfois me fait voyager dans le temps. Et que dire de la texture des pages : certains papiers me laissent indifférente tandis que d’autres m’engagent à les flatter (discrètement pour ne pas avoir l’air trop tordue…)
Les lecteurs sont la proie des livres dit Charles Dantzig dans Pourquoi lire ? C’est ainsi que je me sens lorsqu’une histoire me captive pour ne pas dire me capture… Lorsque, entre deux séances de lecture le roman en cours m’habite et que je suis impatiente d’y retourner c’est signe que mon indice de boulimie livresque atteint des sommets.
Offrez des livres à vos enfants, emmenez-les à votre bibliothèque locale et surtout prenez le temps de leur lire des histoires qui les feront rêver. Ils développeront certainement le goût de le faire par eux-mêmes, le monde s’ouvrira devant eux.