Mille feuilles - Des biographies

Maya Angelou était une écrivaine, essayiste, professeure et militante Afro-américaine. Dans Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (1969 pour l’édition originale, 2012 pour la traduction française) elle nous raconte sa vie dans une Amérique marquée par le racisme. Elle y aborde de nombreux sujets dont l’importance de la famille et la quête d’indépendance. Momma (sa grand-mère) comptait nous apprendre, à Bailey (son frère) et à moi, à utiliser les chemins qu’elle et sa génération, comme tous les Noirs qui les avaient précédées, avaient découverts et tenaient pour sûrs.
Dans Gabriële (2017), deux sœurs, Anne et Claire Berest, racontent la vie de leur arrière-grand-mère qui en 1985 est morte de vieillesse, à l’âge de 104 ans. Nous ne sommes pas allées à l’enterrement de cette femme, pour la simple et bonne raison que nous ne connaissions pas son existence. Cette femme fascinante fut l’épouse du peintre Francis Picabia, fréquenta Apollinaire et Marcel Duchamp, entre autres. En ce début de XXième siècle, elle exerce une influence importante dans le monde de l’art en pleine effervescence. Née la même année que ma grand-mère maternelle, je ne peux imaginer deux existences plus différentes… Une vie comme un roman !
En cette année du centenaire de la naissance de Riopelle, Hélène de Billy nous offre, dans Riopelle et moi (2023) une version revue et augmentée de la biographie qu’elle avait publiée en 1996. Elle y ajoute, entre autres, des insertions intitulées Souvenirs de coulisses, constituant ce qu’elle considère comme le making of de son projet. Un ouvrage bien documenté retraçant le trajet artistique de l’homme ainsi que ses rencontres, ses amitiés, ses amours qui toutes ont influencé son immense oeuvre. Il peint par transes. Pendant des jours il ne touche à rien, c’est tout juste s’il pénètre dans l’atelier, « puis tout à coup il s’assombrissait et il disparaissait » se souviennent ses amis. (Bibliothèque Charles-E.-Harpe, collection locale)
Dans Un sac de billes (1973), Joseph Joffo nous convie dans un voyage en enfance, la sienne sous l’occupation allemande en France dans les années 40. Il a 10 ans, son frère 12. Le présent est le temps sans surprise, un temps ingénu, celui où on vit les choses comme elles arrivent, elles sont neuves encore et vivantes, c’est le temps de l’enfance, celui qui me convenait. Pour les sauver des nazis qui traquent les juifs, leurs parents les poussent à partir, seuls, afin de traverser la ligne de démarcation. On les suit dans leur odyssée, leurs rencontres, leur peur, leur débrouillardise. Dans l’édition parue après la sortie du film éponyme en 2017, j’ai bien aimé l’épilogue dans lequel l’auteur répond à des questions qu’on ne manque pas de se poser en cours de lecture. Une réalité toujours d’actualité, hélas, pour bien des enfants.
À partir de correspondances, d’innombrables ouvrages historiques, Micheline Lachance reconstitue, dans Le roman de Julie Papineau (1995) l’univers de l’épouse de Louis-Joseph Papineau, chef du mouvement patriote au XIXème siècle. Femme de caractère, elle appuie son mari tout en élevant ses enfants seule à Montréal lorsque son devoir le retient à Québec de longs mois. Le château Saint-Louis baignait dans l’obscurité. Érigée au plus haut point du Cap-Diamant, la demeure du gouverneur était exposée aux grands vents de janvier (…)