Mille feuilles - Des romans, des amis

Tout comme la famille, l’amitié est une grande source d’inspiration. Pas étonnant que ce thème soit récurrent dans mes suggestions. Tout d’abord deux romans québécois.
Trois réveils (2020) de Catherine Perrin. On suit le parcours tumultueux d’Antoine, hautboïste de talent, aux prises avec la bipolarité. Le grain de la folie, l’odeur du gouffre rôderont toujours autour de lui. Un beau roman sur le pouvoir de la musique sur les êtres, la passion qu’elle suscite. Également une célébration de l’amitié. On reconnaît la musicienne derrière l’auteure que l’on connaît aussi bien sûr comme animatrice à la radio.
J’avais entendu beaucoup de bien de ce roman, je n’ai pas été déçue. Dans Mille secrets, mille dangers (2021), Alain Farah nous raconte, par d’habiles allers-retours dans le temps, sa propre jeunesse. Il était une fois un fiancé qui ne dormait pas, qui regardait son radio-réveil toutes les dix minutes. Sans complaisance, il nous présente sa famille issue de l’immigration, ses amitiés, certaines riches, certaines tumultueuses, ses grands problèmes de santé, de dépendance. Le jour de son mariage est en quelque sorte le pivot de ces récits enchevêtrés.
Je vous ai un jour proposé Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. (Que je sache, pas de lien avec la précédente, celle-ci est française). Je récidive aujourd’hui en vous suggérant, de la même auteure, Trois (2021). Les trois, ce sont Adrien, Étienne et Nina qui à dix ans se retrouvent dans la même classe. Très différents les uns des autres, ils tissent néanmoins une intense amitié. Inséparables, ils se jurent qu’un jour ils partiront s’installer à Paris pour compléter leurs études. Ils ont quinze ans. Ils viennent d’entrer au lycée, ont choisi leur cursus ensemble. Un roman plein de rebondissements, de mystères qui se nouent et se dénouent peu à peu. On fait des bonds dans le temps sur quatre décennies, on est témoin des hauts et des bas de cette amitié. Indéfectible ? Une suggestion : une fois la lecture terminée, relisez le premier chapitre… (bibliothèque Charles-E.-Harpe, collection Réseau).
Changeons maintenant d’époque.
Je poursuis ma découverte de Marguerite Yourcenar : Alexis ou Le traité du vain combat (1929 pour la première édition) suivi de Le coup de grâce (1939). Le premier roman consiste en un long monologue d’un homme à sa femme qu’il quitte. Pour lui ce mariage n’est que supercherie, un combat contre nature. Je me suis tu, jusqu’à présent, sur les visages humains où s’est incarné mon désir ; je n’ai interposé, entre vous et moi, que des fantômes anonymes. Le second roman (celui où on rencontre le thème de l’amitié) se situe dans un contexte de guerre et raconte le destin tourmenté de deux jeunes hommes et une jeune femme. J’aurais dû haïr Sophie ; elle ne s’est jamais doutée du mérite qu’il y avait de ma part à n’en rien faire. Comme toujours, la plume magique de Yourcenar nous transporte.
Si vous avez envie d’une incursion dans la littérature du XIXème siècle, je vous propose L’Oeuvre, d’Émile Zola, de la série les Rougon-Macquart (cycle de 20 titres dont chacun peut se lire indépendamment). L’auteur transpose dans son roman son amitié avec le peintre Cézanne. Une bande d’amis : peintres, sculpteurs, écrivains refusent le conformisme et veulent imposer une nouvelle forme d’expression. Plus ils étaient, plus ils barraient largement les rues, plus ils emportaient à leurs talons de la vie chaude des trottoirs. On suit particulièrement le peintre Claude Lantier (alter ego de Cézanne) dans sa quête d’absolu, dans son rêve de réaliser une œuvre magistrale. On sait que la parution de ce roman a été la cause d’une brouille (et pas la seule) entre les deux hommes. Le film Cézanne et moi (2016) raconte cette relation. Guillaume Canet y tient le rôle de Zola et Guillaume Gallienne celui de Cézanne.
Bonne lecture !