Mille feuilles - Ombre et lumière

Ce mois-ci, un roman qui date de plusieurs décennies, d’autres récents. Tous nous livrent des zones d’ombre et de lumière.
John Steinbeck, Tendre jeudi (1954). Dans un quartier populaire, on assiste à l’interaction entre les habitants. Un scientifique spécialiste des céphalopodes, une tenancière de bordel et ses filles, un simple d’esprit inquiet d’avoir à devenir un jour président des États-Unis, entre autres, voient arriver dans le voisinage une jeune femme venant d’on ne sait trop où. Lorsque Doc (le chercheur), leur semble déprimé (Il ne fait rien. Il n’écrit rien. Il ne pense à rien.), ses voisins s’allient pour lui remettre du pep dans le soulier.
Chronique de la dérive douce (édition augmentée de 2012) de Dany Laferrière. En pleine fièvre olympique de 1976 un jeune Haïtien débarque à Montréal. Choc entre son Sud d’origine et ce Nord qui l’accueille, choc culturel. Il découvre les différences de ces deux sociétés avec des yeux tout neufs. Dans un mois j’aurai perdu cette innocence. Une narration entre prose et poésie, comme souvent chez Laferrière.
Les chars meurent aussi (2018) de Marie-Renée Lavoie. Laurie, la narratrice, est étudiante, d’un milieu modeste et aimant. Ses parents espèrent pour elle un avenir plus lumineux que leur vie à eux. Elle travaille pour payer ses études, rêve de s’installer en appartement avec sa meilleure amie. Elle a pris sous son aile, appuyée de sa mère, une petite voisine poquée à qui elle offre du rêve par des jeux, des attentions. Une belle histoire de solidarité entre gens simples. On rit, on est touché, on savoure les mots de Lavoie. Dans les livres de ma mère, les larmes finissaient toujours par se tarir ; dans la vraie vie, elles se renouvelaient sans cesse.
Tiohtiá:ke (2021) de Michel Jean. Un portrait percutant de ce qui malheureusement attend souvent les autochtones qui quittent leur communauté pour Montréal : l’itinérance. Dans ce roman mettant en scène Élie Mestenapeo on retrouve des membres de diverses nations, au passé lourd, aux multiples blessures. Certains tissent des liens significatifs, des différends surgissent parfois. Beaucoup des Autochtones qui débarquent en ville n’ont pas envie de raconter leur histoire. Un roman où la sombre réalité cache de grands pans de lumière et d’espoir. Bibliothèque Charles-E.-Harpe, collection locale.